/ Explications
Quelle définition ?
Addiction
Addictions avec ou sans substance : tabac, drogues, alcool, sucre, caféine, jeux de hasard et d’argent, réseaux sociaux, écrans, jeux vidéo, sport, achats compulsifs…
Quels sont les critères de la dépendance? À partir de quand parle-t-on de comportements addictifs? À partir de quelle quantité ou fréquence, une consommation ou un comportement devient-il excessif, à risque ou pathologique? Finalement, à partir de quel moment doit-on s’inquiéter? À ces questions, il n’y a malheureusement pas de réponse facile. Il n’existe pas de limite ferme et précise qui symboliserait le moment où l’on passe d’une conduite sans risque, à une conduite nuisible. Il existe tout de même plusieurs classifications diagnostiques qui peuvent aider à nous mettre sur la voie. Cependant, aucun outil standardisé ne doit se substituer à une réflexion individuelle, au cas par cas.
Le DSM-5, par exemple, définit 11 critères de vigilance pour déterminer la sévérité « d’un trouble de l’usage » avec ou sans substance :
1/ Temps passé à l’usage ou quantité prise, plus important(e) que prévu(e).
2/ Efforts infructueux pour diminuer ou contrôler l’usage.
3/ Temps considérable passé à l’usage ou à l’obtenir, puis à récupérer des effets.
4/ Envies impérieuses et irrépressibles (craving) de consommer ou de faire le comportement.
5/ Incapacité de remplir des obligations majeures à cause de l’usage.
6/ Usage persistant malgré les conséquences interpersonnelles négatives.
7/ Activités sociales, professionnelles ou de loisirs abandonnées ou réduites à cause de l’usage.
8/ Usage dans des situations où cela peut-être dangereux (en conduisant, par exemple).
9/ Usage poursuivi malgré la connaissance des conséquences négatives psychologiques ou physiques induites.
10/ Tolérance = besoin de plus de quantité pour obtenir les mêmes effets ou effets réduits en cas de quantité égale.
11/ Symptômes de sevrage en l’absence d’usage ou usage pour éviter les symptômes de sevrage (manque).
En fonction de la présence de plus ou moins de symptômes, le trouble de l’usage est considéré comme léger (2-3), moyen (3-4), ou grave (6 et plus). Ce qui signifie que la dépendance doit s’envisager comme un continuum plutôt que de façon catégorielle : présence vs absence.
Ci-dessous, une manière de se représenter ce continuum :
À noter que le risque zéro n’existe pas vraiment : presque aucun mode de consommation n’est sans risque. Ainsi, pour l’alcool par exemple, l’OMS a déterminé des seuils hebdomadaires et quotidiens à ne pas dépasser mais cela ne comporte que des recommandations pour éviter les risques liés à la santé (risques cardio-vasculaires, de cancers…). Or, on peut très bien avoir une consommation équivalente ou inférieure aux recommandations mais présenter d’autres risques liés à cette consommation (risques psychiques, contextuels…).
En outre, la dépendance a trois composantes : physique, psychologique et comportementale. Ces trois composantes peuvent donc jouer un rôle de façon combinée mais également de façon indépendante dans la problématique addictive. La dépendance physique, c’est à quel point votre corps à besoin de la substance pour se sentir bien? S’il n’a pas la quantité requise, vous allez ressentir des symptômes physiques de manque (transpiration, irritabilité, troubles du sommeil, maux de tête…). Dans la dépendance physique au tabac, les substituts nicotiniques peuvent aider, par exemple. La dépendance psychologique, c’est lorsque l’usage vient en réponse à un besoin de détente, d’anti-stress, d’oublier ses soucis, de ressentir une excitation, ou une désinhibition… Par exemple, « j’étais trop énervé, j’avais besoin d’une cigarette ». La dépendance comportementale regroupe toutes les habitudes et réflexes liés à la consommation ou au comportement addictif. Le « café/clope », par exemple.
La construction des conduites addictives est donc plurielle et multi-factorielle.
Quand consulter, alors?
Peu importe les classifications, critères ou diagnostics. Dès que le comportement est source de souffrance pour vous ou vos proches, il est possible de prendre rendez-vous pour en discuter. Il ne sera pas question de parler de changement si cela n’est pas votre désir. La souffrance ou simplement le questionnement que suscite ce comportement, chez vous ou chez vos proches, peut suffire pour franchir le cap de la prise de rendez-vous. Un échange d’informations, sans jugement, peut aussi être une raison tout à fait suffisante pour consulter. Bien évidemment, un désir de changement, minime soit-il, sera l’indicateur que c’est le bon moment pour déclencher une démarche thérapeutique. Il n’est toutefois pas nécessaire d’avoir pour objectif l’abstinence ou l’arrêt total du comportement pour consulter. En fonction des situations, des alternatives peuvent être discutées conjointement et travaillées en séance, comme la réduction ou la consommation contrôlée par exemple.
Souvent, ce sont des conduites qu’on peine à changer ou qui, lorsqu’on les modifie, reviennent vite « au galop » bien qu’elles soient pourtant à l’origine de conséquences négatives et alors même qu’on ne manque pourtant pas de volonté. La plupart du temps, ces conduites sont sources de plaisir ou de satisfaction à court-terme même si elles causent des inconvénients (professionnels, familiaux, psychologiques, de santé…) à long terme. Parfois, ces conduites peuvent aussi être déplaisantes ou neutres à court-terme, mais permettent de fuir ou de faire face à une situation immédiate encore plus inconfortable. D’où leurs persévérances. Ainsi, dès que ces habitudes deviennent une forme de routine de laquelle on peut se sentir esclave, il est tout à fait approprié de se questionner à leur sujet. D’ailleurs, c’est probable qu’on puisse même avoir le sentiment de devenir prisonnier de ces modes de réactions, car ils s’accompagnent bien souvent d’une forme d’impulsivité. Vouloir retrouver une certaine liberté que l’on sent avoir perdue (en partie ou complètement), est une excellente motivation et un très bon motif pour débuter une prise en charge.
En matière de conduites addictives, de nombreuses études montrent qu’un accompagnement sur mesure représente un très bon facteur d’aide et de protection pour atteindre les objectifs que l’on s’est fixés.
Margaux Denhier / psychologue clinicienne
- 06 76 74 56 86
- margaux.denhier@gmail.com
- Rendez-vous consultation vidéo